Sauver un être, sauver un monde

Article paru dans le magazine de la LVS, juin 2012, p. 20-21, par Laëtitia Sellam

Catherine Shvets et Marc André Thibault

Catherine Shvets et Marc André Thibault

Interview de Sonia Sarah Lipsyc sur la pièce de théâtre à orientation pédagogique « Sauver un être, sauver le monde » inspirée du livre de Catherine Shvets « Hitler et la fillette », Flammarion/Québec

Certaines rencontres bouleversent le monde, d’autres bouleversent le coeur et les idées.

La pièce de théâtre « Sauver un être, sauver le monde », adaptée du livre de Catherine Shvets et mise en scène par Sonia Sarah Lipsyc, fondatrice d’Aleph et dramaturge, pourrait s’identifier à une mission pédagogique où la transmission intergénérationnelle se déploie. Le titre fait référence à une citation du Talmud, « Quiconque sauve une vie (…) sauve le monde entier ». Destinée à toucher les écoles secondaire et CÉGEP québécois pour compléter le savoir des livres d’histoire de manière originale et concrète, elle touche les enfants et adolescents des écoles juives et non juives*. Quinze représentations ont déjà connu un vif succès devant environ une moyenne de 100 élèves par représentation. Cette réalisation théâtrale et ce projet pédagogique produits par ALEPH ont été possibles grâce à l’aide de la Fondation Communautaire Juive de Montréal, avec la collaboration du Centre Commémoratif de l’Holocauste de Montréal et du Centre Segal des Arts de la scène. La diffusion a été confiée aux Productions Pas de Panique. * Par exemple : les écoles François Legault, Eureka, Lavoie, et les écoles Maimonide, Hertzilia etc…

La classe à l'école Herzliah après le spectacle

La classe à l’école Herzliah après le spectacle

LVS : Pourquoi avoir ressenti le besoin de créer cette pièce ? 

SSL : Ce spectacle est avant tout né d’une rencontre avec Catherine Shvets. Nous étions conviées toutes les deux et d’autres auteures comme Catherine Mavrikakis pour parler de la Shoah à la librairie olivieri. Catherine avait 15 ans lorsqu’elle a écrit son livre de fictions à partir toutefois des souvenirs de sa grand-mère. Juive québécoise d’origine russe, elle a aujourd’hui 19 ans. Son livre met en avant des actes d’humanité… Comment à chaque fois, une fillette est sauvée durant l’Holocauste. Catherine Shvets est venue me parler suite à mon intervention pour me faire part de son envie profonde de s’adresser à sa génération sur le sujet de l’Holocauste et des actes humanitaires qui ont eu lieu durant cette sombre période. J’aimais déjà sa plume, j’ai été touchée par son projet. Quoi de mieux qu’un spectacle pour parler aux jeunes ? Transmettre, dialoguer avec eux. J’ai donc décidé, avec l’appui de la CSUQ et de nos partenaires sur ce projet, de monter une pièce de théâtre inspirée du livre. Ce spectacle se compose de cinq textes extraits du livre de Catherine qui montre à chaque fois comment une fillette est sauvée par un médecin allemand, une paysanne roumaine, un soldat… Le dernier texte est consacré au génocide des Tsiganes et des Roms durant la seconde guerre mondiale. Entre les textes, j’ai écrit des définitions qui donnent le contexte de l’Holocauste. Par exemple, qu’est-ce qu’un ghetto ? L’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’un Juste des nations ? Etc. Ces définitions sont tirées du livret pédagogique que j’ai rédigé et que nous envoyons avant le spectacle aux enseignants. Le spectacle est interprété par Catherine Shvets et un jeune comédien professionnel de talent Marc André Thibault. Je l’ai mis en scène assistée de Mireille Galanti. La représentation dure 35 minutes, et est suivie d’un débat d’une demi-heure en présence de l’équipe et d’un survivant de l’Holocauste Davy Trop. D’autres survivants qui furent des enfants cachés sont invités à témoigner et à répondre aux questions des enfants et professeurs : élie Dewang et Michel Sirifski. Ces 5 histoires, écrites comme un roman sur la base de faits réels, ont été choisies pour interpeller le jeune public afin qu’il se sensibilise plus facilement en imaginant que des enfants de leur âge ont vécu des moments pareils. En fait, nous essayons de montrer que des gestes de bonté et d’humanité sont toujours possibles, pour tous et toutes, si le coeur et le courage prennent le dessus malgré la peur.

LVS : Quelles sont les réactions des professeurs et des élèves ? 

SSL : Très positif, tant au niveau de l’accueil des établissements qu’au moment du déroulement de la pièce, et ce, dans tous les types d’école. Cette activité pédagogique est ouverte à tout public en âge de comprendre et réagir aux propos. Bien que la pièce soit très sobre et sans effets spéciaux ou multimédia, les enfants sont très attentifs et intéressés par les textes. Ils ont été généralement préparés avant par leurs professeurs qui poursuivent leur travail pédagogique, après la représentation, dans le cadre de leurs cours. Un questionnaire a été ajouté au livret pédagogique que nous remettons à chaque élève afin de déterminer leur ressenti sur l’intérêt de la pièce, la compréhension des enjeux de l’Holocauste, l’intolérance entre les hommes et ses conséquences, la force de l’esprit etc…. Il est clair que l’objectif ultime de ce projet est de travailler sur la transmission d’une mémoire commune qui nous appartient et court sur 3 générations aujourd’hui. Elle concerne tous les pays car elle touche l’Humanité en général. Ce projet est aussi un moyen différent de faire connaître la communauté juive dans sa diversité et son histoire à travers l’expérience de l’auteure. D’ailleurs, certaines écoles ont décidé de mettre le livre de Catherine au programme d’études des livres de français dès l’année prochaine. Les questions les plus fréquentes sont concrètes et liées à la présence de Catherine et des survivants qui amplifient la véracité des propos et l’impact du jeu d’acteurs : pourquoi avoir écrit ce livre ? Comment ça s’est passé sur place ? Comment la mise en scène a-t-elle été pensée ? etc.

Débat après le spectacle, animé par Sonia Sarah Lipsyc

Débat après le spectacle, animé par Sonia Sarah Lipsyc

LVS : L’apport de cette pièce au patrimoine éducatif du Québec est-il essentiel ou complémentaire d’une connaissance existante ? 

SSL: Certainement, c’est un complément au magnifique travail réalisé par le Musée de l’Holocauste depuis plusieurs années. Il permet à ALEPH de toucher un jeune public, de s’inscrire encore mieux dans la cité québécoise et d’oeuvrer à sa mission pédagogique. Les professeurs de français, d’histoire, de culture et d’éthique religieuse sont des relais essentiels dans ce transfert de savoir et leur encadrement est présent. Ils sont conscients que cette période sombre et bouleversante dans l’histoire du monde moderne a encore des répercussions aujourd’hui et sont attentifs aux réactions de leurs élèves. Ils s’informent et entretiennent leur rôle pédagogique pour tenter d’inculquer Tolérance et Solidarité entre les enfants de la future génération.

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