L’hospitalité dans les grandes religions monothéistes

Les participants au segment « Paroles divines » : Sonia Sarah Lipsyc, Sébastien Doane et Michael Nafi Crédit photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

Les participants au segment « Paroles divines » : Sonia Sarah Lipsyc, Sébastien Doane et Michael Nafi Crédit photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

« Ce n’est pas facile d’accepter l’autre, et c’est précisément parce que ce n’est pas facile qu’on peut lire toute la Torah et toute la Bible comme un apprentissage constant de la fraternité », dit la sociologue Sonia Sarah Lipsyc. Elle discute avec le chercheur en philosophie musulmane Michael Nafi et le bibliste Sébastien Doane de la question centrale de l’hospitalité et du rapport à l’autre dans les traditions monothéistes.

L’hospitalité dans le Coran
Michael Nafi souligne qu’au cœur des textes sur la piété morale, on trouve la charité envers les pauvres et envers l’exilé. « L’exilé est la seule figure paradigmatique qui est au singulier. La prière et l’aumône viennent bien après dans les textes. On dit dans ce verset que la vraie piété, c’est s’occuper des figures de la précarité. »

« Dans les textes sacrés, on dit souvent une chose et peut-être son contraire. Sur la question de l’hospitalité et de l’accueil de l’autre, c’est un des rares endroits où j’ai trouvé une systématicité, une cohérence et les mêmes paroles dans le Coran », précise le chercheur en philosophie musulmane.

L’hospitalité dans l’Ancien Testament
« Je crois que les grandes religions monothéistes sont toutes des enfants d’Abraham. Et l’hospitalité, on l’apprend d’Abraham, ajoute Sonia Sarah Lipsyc. Il n’hésite pas à interrompre sa conversation avec le transcendant [Dieu] pour accueillir les itinérants. Il leur propose à boire, de se laver et de manger. »

L’origine de la charité, insiste la directrice d’ALEPH, c’est rétablir les inégalités sociales. « Et selon la tradition hébraïque, celui qui a reçu n’est pas exempt de donner à son tour, selon ses moyens. »

« L’étranger aussi a des devoirs. La loi du pays est ta loi. Quand un étranger arrive, il a le devoir de s’initier aux lois du pays et de les respecter », conclut Sonia Sarah Lipsyc. « L’apprentissage est autant pour l’étranger que pour celui qui reçoit. »

L’hospitalité dans le Nouveau Testament
Pour les premiers croyants, relève Sébastien Doane, leur seule solution devant leurs persécuteurs était de faire preuve d’ouverture et de les accueillir.

« Leur seule éthique était l’accueil, insiste le bibliste. Un chrétien xénophobe ne connaît pas les textes fondateurs. […] L’amour de son prochain est premier et après on peut aimer Dieu », soutient le bibliste.

Michael Nafi est docteur en philosophie, professeur de philosophie au Cegep John Abbott et chercheur en philosophie musulmane.
Sonia Sarah Lipsyc est directrice d’ALEPH (Centre d’études juives contemporaines de la Communauté sépharade unifiée du Québec), docteure en sociologie, auteure, chercheuse, enseignante et dramaturge.
Sébastien Doane est bibliste, doctorant à l’Université Laval et auteur de livres sur l’interprétation de la Bible.

Pour écouter l’émission cliquez ici

Le jeudi 10 décembre 2015, « Paroles divines », séquence mensuelle dans l’émission « Plus on est de fous, plus on lit » animée par Marie-Louise Arsenault sur Radio-Canada.

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